Nous sommes tous dotés d’une fonction autonome de régulation émotionnelle.
Qu’il s’agisse d’un grave accident automobile ou d’une rupture affective douloureuse, même si les jours, les semaines, les mois suivants sont difficiles, le traumatisme se résorbe peu à peu, et, alors que nous pensions cela impossible, un jour, nous reconduisons avec insouciance et nous aimons avec bonheur une autre personne. Mais pour certaines personnes, cette régulation ne se fait pas. Le mécanisme est bloqué et, dans la plupart des cas, la perturbation empire avec le temps !
Ces blocages concernent en fait toutes nos difficultés émotionnelles récurrentes, celles qui s’invitent systématiquement dans notre quotidien à la moindre occasion : nos peurs, nos angoisses, nos phobies, nos anxiétés, nos stress, nos agacements, nos inhibitions…

Luc Nicon, au cours de ses recherches sur les difficultés d’apprentissage, a identifié une capacité naturelle qui est à notre disposition pour revivre sensoriellement l’origine de chacun de nos blocages émotionnels pour les réguler définitivement.


Une émotion se manifeste par un ensemble de « sensations physiques » ressenti dans notre corps.
Ces manifestations sont concrètes et descriptibles : palpitations, nœud à l’estomac, bouffées de chaleur…
Si notre corps réagit physiquement lorsque nous sommes confrontés à notre environnement, à nos pensées ou à nos souvenirs, alors nous éprouvons une émotion. Et si les manifestations physiques que nous ressentons sont désagréables, l’émotion l’est également.
Si nous sommes tendus, stressés, angoissés, inhibés, bloqués, c’est parce que notre corps, en réagissant à une stimulation de notre mémoire, produit des sensations physiques indésirables qui ne nous permettent plus d’agir normalement. Ces sensations désagréables sont donc inévitablement en nous. La plupart sont des tensions musculaires et sont aisément repérables pour peu que nous leur portions attention.

La psychothérapie considère généralement le choc physique ou émotionnel qui a tout juste précédé l’apparition des symptômes de perturbation émotionnelle d’une personne comme l’origine de sa souffrance. Pour les psychothérapeutes, c’est autour de cet événement (qu’il semble logique de qualifier d’initial puisqu’aucune manifestation émotionnelle ne préexistait avant lui) que se centre principalement la thérapie. La difficulté de régulation d’une perturbation émotionnelle chronique en psychothérapie peut s’expliquer par le fait que la chronicité semble systématiquement provoquée par un événement antérieur ayant entraîné une perte de conscience. Ce premier événement qui a été occulté de la mémoire consciente est inaccessible par une investigation psychologique traditionnelle.
Néanmoins, de plus en plus souvent ces dernières décennies, l’événement traumatique initial est recherché par certains psychothérapeutes dans la période périnatale et, souvent, cet événement est correctement identifié. Ce n’est pas pour autant que la personne peut désactiver le blocage qui empêche la régulation de sa difficulté émotionnelle. La raison en est le point de vue essentiellement intellectuel et psychologique avec lequel ce premier événement est abordé.
Bien sûr, l’événement à l’origine d’une perte de conscience peut être assimilé à l’événement traumatique déclencheur recherché habituellement par les thérapeutes, mais cette recherche est généralement teintée d’une connotation psychologique, qui entraîne un point de vue essentiellement relationnel sur l’événement. Par exemple, si un fœtus a cohabité avec un jumeau qui n’a pas survécu, le traumatisme, s’il est identifié, sera analysé dans ses implications relationnelles (sentiment de détresse, de solitude ou d’abandon, rapports fusionnels avec son entourage, incapacité à vivre des relations durables ou, au contraire, à assumer les ruptures, etc.). Le même événement abordé par le biais des manifestations physiques de la peur peut conduire, par exemple, à revivre une perte de conscience provoquée par le phénomène d’aspiration particulièrement marqué qui accompagne l’évacuation du jumeau. En abordant les sensations répulsives engendrées par la situation, c’est le risque physique encouru par la personne qui est mis en relief, alors qu’en analysant psychologiquement son rapport à l’événement, c’est la relation affective de la personne avec son environnement qui est développée. Côté physique, la disparition du jumeau est un événement violent mettant en jeu la survie physique de celui qui reste. Côté psychologique, cette disparition est surtout considérée comme un manque affectif difficile à surmonter. En fait, c’est certainement le ressenti physique éprouvé lors d’un événement particulièrement désagréable qui induit des répercussions psychologiques indésirables. Par la suite, lorsque l’introspection psychanalytique s’arrête à cet impact psychologique, elle ne va pas jusqu’au cœur de la souffrance physique.
Bien sûr, nous sommes plus à l’aise dans une approche psychologique, mais nos ressentis physiques semblent être seuls à pouvoir nous conduire de façon fiable jusqu’à l’origine de nos souffrances émotionnelles pour les réguler définitivement.