La psychothérapie considère généralement le choc physique ou émotionnel qui a tout juste précédé l’apparition des symptômes de perturbation émotionnelle d’une personne comme l’origine de sa souffrance. Pour les psychothérapeutes, c’est autour de cet événement (qu’il semble logique de qualifier d’initial puisqu’aucune manifestation émotionnelle ne préexistait avant lui) que se centre principalement la thérapie. La difficulté de régulation d’une perturbation émotionnelle chronique en psychothérapie peut s’expliquer par le fait que la chronicité semble systématiquement provoquée par un événement antérieur ayant entraîné une perte de conscience. Ce premier événement qui a été occulté de la mémoire consciente est inaccessible par une investigation psychologique traditionnelle.
Néanmoins, de plus en plus souvent ces dernières décennies, l’événement traumatique initial est recherché par certains psychothérapeutes dans la période périnatale et, souvent, cet événement est correctement identifié. Ce n’est pas pour autant que la personne peut désactiver le blocage qui empêche la régulation de sa difficulté émotionnelle. La raison en est le point de vue essentiellement intellectuel et psychologique avec lequel ce premier événement est abordé.
Bien sûr, l’événement à l’origine d’une perte de conscience peut être assimilé à l’événement traumatique déclencheur recherché habituellement par les thérapeutes, mais cette recherche est généralement teintée d’une connotation psychologique, qui entraîne un point de vue essentiellement relationnel sur l’événement. Par exemple, si un fœtus a cohabité avec un jumeau qui n’a pas survécu, le traumatisme, s’il est identifié, sera analysé dans ses implications relationnelles (sentiment de détresse, de solitude ou d’abandon, rapports fusionnels avec son entourage, incapacité à vivre des relations durables ou, au contraire, à assumer les ruptures, etc.). Le même événement abordé par le biais des manifestations physiques de la peur peut conduire, par exemple, à revivre une perte de conscience provoquée par le phénomène d’aspiration particulièrement marqué qui accompagne l’évacuation du jumeau. En abordant les sensations répulsives engendrées par la situation, c’est le risque physique encouru par la personne qui est mis en relief, alors qu’en analysant psychologiquement son rapport à l’événement, c’est la relation affective de la personne avec son environnement qui est développée. Côté physique, la disparition du jumeau est un événement violent mettant en jeu la survie physique de celui qui reste. Côté psychologique, cette disparition est surtout considérée comme un manque affectif difficile à surmonter. En fait, c’est certainement le ressenti physique éprouvé lors d’un événement particulièrement désagréable qui induit des répercussions psychologiques indésirables. Par la suite, lorsque l’introspection psychanalytique s’arrête à cet impact psychologique, elle ne va pas jusqu’au cœur de la souffrance physique.
Bien sûr, nous sommes plus à l’aise dans une approche psychologique, mais nos ressentis physiques semblent être seuls à pouvoir nous conduire de façon fiable jusqu’à l’origine de nos souffrances émotionnelles pour les réguler définitivement.